Se marier en Inde, tout un concept...

Se marier en Inde, tout un concept...
Se marier en Inde n'est donc pas une mince affaire. De ce point de vue, le livre autobiographique de Sarah Macdonald, "Holy Cow" apporte un témoignage des plus dramatique. Sarah Macdonald est une australienne qui quitte son pays pour aller rejoindre son copain en Inde à Delhi, et ce 11 ans après avoir fait un passage peu apprecié dans le pays, jurant de ne jamais revenir.
Dans un passage du livre elle raconte comment une de ses amies australienne d'origine indienne, Padma, cherche, sous la pression de la tradition incarnée par sa mère, à se marier en Inde. Celle-ci vient donc à Delhi en quête d'un mari. Sarah ne comprend pas le choix de son amie qui a grandi en Australie et qui a décidé de quitter son copain australien de longue date (Jason) pour épouser un inconnu.
Voici un extrait assez impressionnant dont la traduction assurée par moi au pied levé n'est pas des meilleures.


"Puis, un ami ou un parent vit Padma embrasser Jason sur la plage de Bondi et ne perdit pas de temps pour appeler Delhi. La mère de Padma écrit une lettre d'une ligne.

Beti [mon enfant], c'est moi ou lui, si c'est lui tu n'existeras plus, pour moi tu seras morte. Bisous Maman

A l'époque, j'avais trouvé ça dégoûtant, mais un soir, alors que nous étions un brin émêchées, elle m'expliqua pourquoi sa mère, très intelligente et éduquée, était si sévère. L'Inde n'était pas passée par les années 60 débridées, alors quand sa mère commit l'ultime folie d'épouser un homme par amour, sa famille lui donna son héritage (qu'elle transmit ensuite à son mari) et la désavoua. Ils ne lui reparlèrent plus jamais. Sept mois plus tard, alors qu'elle était à un stade avancé de sa grossesse, elle rencontra une femme dans le bus qui lui dit que son mari avait déjà une femme et un enfant à Poona. Le choc provoqua un accouchement prématuré et Padma naquit sur le bord d'une route avec deux mois d'avance.Quand sa mère confronta son mari, il la battit. Sans famille et sans services sociaux susceptibles de lui apporter de l'aide, elle souffrit sa violence pendant quatre ansalors qu'elle étudiait secrètement à l'université et volait assez d'argent et de bijoux au ménage pour s'échapper. Elle alla en Australie pour trouver un travail et pour s'éloigner le plus possible de son mari. Elle ne s'est jamais remise de cette disgrâce et il n'a jamais revu sa famille.

Padma ne connaît même pas le nom complet de son père, ne sait pas où il est, ni si ses grand-parents sont encore vivants. Elle a grandi avec la croyance qu'elle était la seule à pouvoir payer pour les péchés de sa mère. C'est en trouvant un homme adéquat, en remplissant une boîte de gloire de bijoux, de draps et de vêtements, et en organisant minutieusement une semaine de festivités autour du mariage que l'on peut absoudre les mauvais actes du passé et éventuellement atteindre une meilleure vie. Mais je ne croyais Padma qu'à moitié, tout cela semblait trop cliché, trop mélodramatique, ça faisait trop film. Jusqu'à ce qu'elle m'annonce qu'elle obéirait à sa mère.
[...] "

Padma cherche un mari sans succès. Son histoire fait fuir les préténdants. Plusieurs mois passent avant que Padma ne revienne sonner à la porte de Sarah à Delhi.

"J'hurle en ouvrant. C'est Padma - et un grand mec indien, plutôt mignon, avec une longe couette de corde sortant de sa casquette des New York Yankees.
Elle le présente en tant que "Surinder, mon mari".
Rachel et Mary trainent après avoir apporté le chai, les oreilles grandes ouvertes pour écouter l'histoire de Padma.
'Eh bien, je suis à la conférence thaï et le dernier jour je lève le syeux et je vois Surinder, et je marque un temps d'arrêt. Mon coeur s'arrête, je ne peux plus respirer, j'ai le tournis, la totale. Il vient vers moi et on a su, c'est le karma, c'est comme ça, on le savait. On a parlé, on est sortis du séminaire, on est montés sur un bateau pour aller sur une île, on est descendus et on s'est mariés dans l'église locale.'
[...]
L'Inde adore le romantisme. A la télé, les hommes séduisent les femmes avec des chansons mieleuses, des fleurs, des ours en peluche et des ballons en forme de coeur, ou bien ils versent des larmes d'amour contrarié. Et puis il y a la réalité. Les fils et filles conscients de leur devoir ne tombent pas amoureux et ne se marient pas sans le consentement de leurs parents.
Je crie 'Merde Padma ! Qu'est-ce que ta mère a dit?'
Padma baisse les yeux.
' Tu ne lui as pas dit ?'
'Non, je lui ai simplement dit que je n'étais pas arrivée à Londres pour rencontrer des hommes et elle arrive à Delhi aujourd'hui. Sarah, je ne peux pas payer pour les péchés de ma mère toute ma bie, et puis Surinder est pargfait. Elle sera contente. Il est Indien, c'est un médecin, il est sûrement le mec le plus convenable dans tout le pays. Il a étudié aux Etats-Unis et il a une green card. Bien sûr c'est un Sikh, mais ça fait partie de l'hindouisme. Il est parfait, nous sommes parfaits, Indiens et amoureux, qui l'eut cru ?'

Surinder n'a pas prévenu ses parents qui vivent au Penjab, et il part le faire. [...] L'angoisse m'empêche de dormir, mais Surinder appelle le lendemain matin. Ses parents sont cool - contrariés mais ils acceptent. Padma et moi fêtons notre soulagement avec une tasse de chai, et je m'excuse de m'être inquiétée - peut-être ai-je jugé trop sévèrement le conservatisme indien. Padma s'en va prévenir sa mère le coeur léger.
Mais il se trouve que sa mère était déjà au courant. C'est ce que dit le petit mot qui fut trouvé sous son corps pendu ce matin.

Beti, tu as gâché ma vie, je ne peux pas supporter cette honte. Ta mère.

Le second mari de sa mère bloque le chemin de Padma et l'empêche d'entrer dans la maison. Il lui tend le mot et parle à ses pieds.
' Tu as détruit cette famille. Ta mère a repris son honneur, mais le tiens est sali pour toujours. Tu es morte pour nous maintenan. Je possède cette maison ainsi que celle en Australie, elle me les a transmises. Tu n'as rien, va-t-en."




# Posté le samedi 11 août 2007 17:55

Modifié le dimanche 12 août 2007 02:04

Pune - Les saris dans le vent

Pune c'est comme qui dirait une petite ville bien sympa, dynamique, les yeux tournés vers Bombay. Un grand campus universitaire que le Lonely Planet compare volontiers à Oxford, une banlieue résidentielle plutôt cosy, des jardins propres et agréables,une rue commerciale importante et des grandes enseignes telles que Nike, Adidas et autres Sony.
Cela dit, au détour d'une petite ruelle, derrière un temple ou une gargotte crasseuse se cachent des petites courts où l'on trouve de charmantes petites maisons telles que celle-ci.
Pune - Les saris dans le vent
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le jeudi 09 août 2007 15:56

Modifié le dimanche 12 août 2007 02:05

Pune - Shanti shanti

Pune - Shanti shanti
Comme il me semble l'avoir déjà dit ici (sentez-vous le ton "professoral" qui se profile !!), l'Inde est un pays à deux temps, principalement partagé entre son puissant socle traditionnel et l'occidentalisation fulgurante des grandes métropoles à commencer par Delhi, Bombay, Calcutta et Madras. Et ce clivage est bien perceptible,notamment quant on aborde un sujet aussi épineux que celui du mariage. Traditionnellement, les choses sont établies de la manière suivante : les femmes, de par leur féminicitude (!), appartiennent à la plus basse caste de toutes. En plus de ce fardeau déjà bien lourd, la femme connaît d'autres malédictions : c'est à sa famille que revient de payer la dot. Ainsi lorsqu'elle prend un époux (qu'elle n'a pas choisi bien évidemment) elle passe, comme une propriété, de sa famille à celle de son mari. Ainsi la femme coûte cher : dot, frais du mariage, elle ne rapporte rien à sa famille et reste donc totalement inutile. C'est pourquoi elle est peu mise en valeur : si elle ne parvient pas à donner à son mari une descendance convenable il n'est pas rare que sa belle famille s'en sépare à coup d'accident bienvenus, disons brûlures à l'arsenic ou noyade dans le lac le plus proche. Elle est souvent tyrannisée par sa belle-mère qui lui fait payer le poids de son propre malheur amoureux : elle a souffert et sa belle-fille souffrira aussi.
De son côté, l'homme doit faire le meilleur mariage possible, c'est-à-dire au mieux dans sa caste. Impossible de se marier dans une caste supérieure. Il recherche une femme docile et douée pour la cuisine, fertile et attentive.
Comme le veut la tradition, les deux futurs époux se rencontrent par l'intermédiaire des parents et ne se voient pas avant le jour du mariage. En fait, plus que l'union entre deux amants, il s'agit d'une union entre deux famille, un échange de biens en quelque sorte. Le mariage est donc bien ce que l'on peut appeler « arrangé ».

Aujourd'hui les temps ont bien changé et un vent de libéralisme traverse petit à petit et de manière inégale cet immense pays.
Théoriquement aboli par le gouvernement en 1961, on m'explique que dans les grandes métropoles le système des castes est oublié. Quant aux mariages arrangés, bien que seulement 5% des mariages indiens soient des mariages d'amour, les époux ont désormais la possibilité de se rencontrer, de discuter, d'apprendre à se connaître avant de se marier. S'ils se rencontrent toujours grâce à leurs parents, ils ont néanmoins la possibilité de ne pas s'unir s'ils ne se plaisent pas.
Il s'agit là des relations les plus libérales relatives au mariage et nombreux sont les jeunes indiens qui se trouvent coincés entre ce pays qui avance à toute vitesse et qui les tire vers les m½urs occidentales, et le poids écrasant de la tradition incarnée par leurs parents et grand-parents. Un poids tellement écrasant d'ailleurs que beaucoup d'entre eux décident de suivre l'avis de leurs parents plutôt que lutter contre leur famille et de risquer de la perdre.
Ainsi, le système des castes est-il encore très ancré dans les mentalités en dehors des quatre grandes métropoles... et la manière de concevoir le mariage en est peut-être la manifestation la plus flagrante.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mardi 07 août 2007 17:10

Bombay - 2 minutes d'arrêt

Bombay - 2 minutes d'arrêt
Le centre de Bombay autour de la CST (Churchgate Station Terminus) offre au voyageur une vision de l'Inde tout à fait singulière. De grands bâtiments en brique rouge et des "double deckers" dans le plus pur style londonnien ! C'est donc dans ce décor colonial que s'entremêlent les plus modernes buisnessmen et les simples vendeurs de légumes, le tout dans des petites rues étroites et bondées.
Pourtant Bombay (ou devrais-je dire Mumbai) abrite aussi le plus grand bidonville du monde, celui que Dominique Lapierre a baptisé "la cité de la joie".
Je n'ai qu'un petit aperçu de la misère dans cette ville : des immenses bidonvilles qui se répandent dans la périphérie vers New Bombay des femmes et des enfants qui dorment d'un sommeil profond sur le bord de la route et qui ne semblent pas être gênés par la circulation incessante qui défile au-dessus de leur tête sur l'autoroute.
Mais une des particularités de la pauvreté en Inde (et pas seulement en Inde) c'est qu'elle n'est pas localisée mais au contraire très diffuse. Des corps endormis sur des cartons, on en trouve presque à tous les coins de rue.
Ici il s'agit d'une famille devant la gare de Mumbai Central. Deux adultes, trois enfants qui dorment sur un espace réhaussé entre la gare routière d'où sortent des bus toutes les 5 minutes et une grande avenue de la ville où défilent à grands coups de klaxon les taxis à défaut des rickshaws, qui, pour cause d'extrême pollution, sont interdits de centre-ville.
Je pensais que ce n'était pas une photo très décente (en même temps c'est la réalité hien, y'a pas de raison de se voiler la face. Nous aussi on a des gens qui dorment sur nos trottoirs) jusqu'à ce que je rencontre un anglais qui m'a raconté comment il était allé photographier des cadavres mangés par les chiens à Bénarès. "Je crois que tout doit être photographié" m'a-t-il dit. Mmmmh...
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 04 août 2007 07:34

Ahmedabad - Roman de gare

Ahmedabad - Roman de gare
Chez nous, la gare est un espace de transit, un lieu où l'on passe s'en s'y attarder. En Inde, la gare est un lieu de vie hors du commun, une fourmilière humaine où affluent de jour comme de nuit, des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes, des vieux... tout le monde. On y vient en famille, et de loin, attendre un train. Voyager ici n'est pas une petite affaire. D'une part, cela coûte relativement cher par rapport au revenu moyen des Indiens. Et puis on ne voyage pas pour son plaisir. Si l'on se déplace, on entreprend un voyage souvent long et lent. Il faut donc une bonne raison pour quitter son "chez soi". Et cette bonne raison peut être un décès ou un mariage ; des problèmes familiaux ou une réunion de famille ; pour un pélerinage ou une manifestation religieuse.
Mais à chaque fois, la gare est comme l'antichambre du départ. Le lieu où l'on se prépare à voyager. On arrive longtemps à l'avance, on étend une nappe et l'on se couche par terre. On s'y brosse les dents, on y mange le repas du soir ; toute la famille étant le plus souvent entassée parmi des sacs que l'on hissera sur la tête des femmes au moment de partir.
Qu'il soit 5 heures du matin ou de l'après-midi, les gares sont pratiquement toujours pleines, partout peuplées de la même faune : vendeurs de journaux, de samosas et de chapatis, de snacks, de chaï et de bananes.

Un monde à part où transitent les riches comme les pauvres, les Indiens comme les touristes... Aussi est-ce un lieu privilégié pour les rencontres. A Bombay j'ai discuté pendant deux heures avec un certain Rajit qui retournait à l'université à Kolhapur (Maharashtra) après avoir passé quelques semaines chez lui dans le Bihar. Soit une distance d'à peu près 2000km le séparant de sa famille qu'il ne voit que deux fois par an.
Toujours à Bombay, j'ai rencontré un vieux qui empestait l'alcool et qui est venu me faire la causette et me compter ses récits de jeunesse. Il avait donc été marin, avait fait plus de 25 fois le tour du monde, avait vécu en Angleterre, et, comme il se plaisait à le répéter à tout bout de champ, était revenu en Inde pour voir quoi ? "This shit" ! Un grand nostalgique donc, un homme déçu par la vie, aigri, qui méprisait l'Inde pour sa saleté, sa pauvreté, pour ces femmes maigres à en crever qui tentaient , à même le sol, de se couvrir d'un tissu d'une saleté repoussante pour passer la nuit. M'exposant ensuite sa vision de la vie et les hommes qu'il admirait. "A great man Napoleon Bonaparte ! The British, they stole everythong from India !"
Impossible de me taire. Une petite récapitulation d'histoire s'impose et je tente de lui expliquer comment Napoléon n'a peut-être rien volé à l'Inde mais ne s'est pas trop gêné ailleurs !


Petit aperçu de la gare d'Ahmedabad vers 22h

# Posté le vendredi 03 août 2007 17:09